Le « consensus » sur la sphéricité
Les trois conditions de l'ijmāʿ, la collation phrase par phrase entre al-Farghānī et Ibn al-Munādī, et les deux chaînes de transmission. Le texte présenté comme un consensus de savants reproduit celui d'un astronome mort vers 247 H.

Le passage du Majmūʿ al-Fatāwā (6/586-587) ne satisfait pas les critères d'un ijmāʿIjmāʿConsensus des savants. Ses critères : imams identifiés, chaîne documentée, absence de divergence. Voir Le « consensus » sur la sphéricité. sharʿī (consensus juridiquement contraignant des savants) valide. Analyse en sept axes.
01Le texte contesté
Dans le monde musulman contemporain, un passage est régulièrement cité comme preuve définitive d'un « consensus islamique sur la sphéricité de la Terre ». Il se trouve dans le Majmūʿ al-Fatāwā d'Ibn Taymiyyah (vol. 6, p. 586-587) et rapporte un propos d'Ibn al-Munādī (m. 336H) :
وأما إجماع العلماء، فقال الإمام أبو الحسين أحمد بن جعفر بن المنادي: لا خلاف بين العلماء أن السماء على مثال الكرة... وكذلك أجمعوا على أن الأرض بجميع حركاتها من البر والبحر مثل الكرة « Quant au consensus des savants, l'imam Ibn al-Munādī a déclaré : il n'y a pas de divergence parmi les savants que le ciel est à l'image d'une sphère... et de même ils ont été unanimes que la Terre, dans l'ensemble de ses mouvements, terres et mers, est semblable à une sphère. »
L'expression critique est بجميع حركاتها (bi-jamīʿ ḥarakātihā — « dans tous ses mouvements »). Sept anomalies convergentes remettent en question l'authenticité et la validité de ce consensus.
02Ce qu'est un ijmāʿ, et à quelles conditions
Avant de dire qu'un texte ne constitue pas un ijmāʿ, il faut énoncer ce qu'un ijmāʿ exige. Cet article ne le faisait pas — c'était une lacune de raisonnement, puisqu'on ne peut pas déclarer un critère non satisfait sans l'avoir posé.
Les uṣūliyyūn — les spécialistes des fondements du droit — ont fixé des conditions strictes. Trois sont déterminantes ici.
Condition 1 — l'accord doit être celui des mujtahids de la Loi
يشترط أن يكون الإجماع من المجتهدين في الأحكام الشرعية، لا من أهل الحساب والفلك والهندسة
« L'ijmāʿ doit être celui des mujtahids en matière de jugements légaux — non celui des spécialistes de l'arithmétique, de l'astronomie ou de la géométrie. »
Un accord d'astronomes sur une question de cosmologie n'est donc pas un ijmāʿ au sens légal, même quand ces astronomes sont de culture musulmane. La qualité requise n'est pas la confession, c'est la compétence en droit et en ses sources.
Condition 2 — l'accord doit porter sur un jugement légal
يشترط في الإجماع أن يكون على حكم شرعي، فما كان من مسائل الطب أو الهيئة أو الرياضيات فلا يُسمى إجماعاً شرعياً
« L'ijmāʿ doit porter sur un jugement légal. Ce qui relève de la médecine, de l'astronomie ou des mathématiques ne saurait être appelé ijmāʿ légal. »
Condition 3 — l'accord doit être établi, non supposé
Un ijmāʿ se démontre en montrant que les autorités qualifiées d'une époque se sont effectivement accordées. Il ne se déduit pas du silence, ni de l'autorité de celui qui le rapporte.
Le mot « consensus » ne veut pas la même chose dans les deux langues. En français, c'est un accord général, à peu près n'importe lequel. En droit islamique, l'ijmāʿ est un instrument technique avec des conditions d'admissibilité — un peu comme une preuve recevable au tribunal : ce n'est pas parce que tout le monde est d'accord que c'est un ijmāʿ, et un accord de spécialistes d'une autre discipline n'en est pas un du tout.
Ces trois conditions étant posées, la question devient vérifiable : qui est l'auteur du texte rapporté, et de quelle compétence relève-t-il ? C'est l'objet des sections suivantes.
03Axe 1 — L'anomalie philologique : حركاتها ou أجزائها ?
Toutes les sources astronomiques antérieures à Ibn Taymiyyah emploient le terme أجزائها (ajzāʾihā — « ses parties »), non حركاتها (« ses mouvements ») :
| Source | Date | Terme | Sens |
|---|---|---|---|
| Ptolémée (trad. arabe) | IIᵉ s. / trad. IXᵉ | أجزائها | ses parties |
| Al-Farghānī | ~861 EC | أجزائها | ses parties |
| Ibn Rustah | ~300H | أجزائها | ses parties |
| Al-Masʿūdī | ~345H | أجزائها | ses parties |
| Ibn Taymiyyah (Fatāwā) | ~700H | حركاتها | ses mouvements ⚠ |
La divergence est isolée au texte transmis par Ibn Taymiyyah. En écriture arabe manuscrite, la différence graphique entre أجزائها et حركاتها est minimale — rendant une corruption de copiste plausible sur quatre siècles de transmission manuscrite. De plus, l'expression « ses mouvements » implique que la Terre possède des mouvements propres — notion incompatible avec la cosmologie du IVᵉ siècle hégirien, tant islamique que ptoléméenne, qui décrivait une Terre immobile.
Le texte d'Ibn Taymiyyah présente une variante manuscrite cruciale : « حركاتها » (ses mouvements) au lieu de « أجزائها » (ses parties) — rendant le passage inapte à prouver un consensus sur la sphéricité.
04Axe 2 — La filiation ptoléméenne, établie par collation
Le contenu doctrinal du « consensus » est traçable directement jusqu'à l'Almageste de Ptolémée, transmis en arabe via al-Farghānī et Ibn Rustah. C'est une chaîne de transmission de contenu astronomique hellénisé — pas un isnād sharʿī — une chaîne de transmission authentifiée — fondé sur le Coran et la Sunna.
Ce n'est pas un consensus de savants de la Loi sur la base de la Révélation. C'est un accord d'astronomes ptoléméens présenté, par raccourci, comme un consensus théologique. La distinction entre ʿulamāʾ al-sharʿʿUlamāʾ al-SharʿLes savants de la Loi islamique (Coran, Sunna). Partisans de la planéité. (les savants de la Loi religieuse, qui tirent leur savoir du Coran et de la Sunna) et ahl al-hayʾaAhl al-HayʾaLes astronomes/philosophes. Partisans de la sphéricité (influence grecque). (les astronomes, héritiers de la science grecque) (voir Près de cent savants de l'islam) est ici fondamentale : « les savants » d'Ibn al-Munādī sont les astronomes hellénisés, pas les mufassirīn (les exégètes, spécialistes du commentaire du Coran).
La filiation ptoléméenne n'a pas à être supposée : elle se lit. Voici, mis en regard, le texte d'Ibn Kathīr al-Farghānī — astronome mort vers 247 H, conservé par Ibn Rustah dans al-Aʿlāq al-Nafīsa, p. 9 — et le « consensus » d'Ibn al-Munādī tel que le rapporte Ibn Taymiyyah.
| al-Farghānī († ~247 H) — astronome | Ibn al-Munādī († 336 H) — le « consensus » |
|---|---|
| Il n'y a pas de divergence entre les savants sur le fait que le ciel est à l'image d'une sphère [kura] et qu'il tourne avec tout ce qu'il comprend comme astres [kawākib] comme tourne une balle sur deux axes fixes et immobiles ; l'un au nord et l'autre au sud. | Il n'y a pas de divergence entre les savants sur le fait que le ciel est à l'image d'une sphère [kura] et qu'il tourne avec tout ce qu'il comprend comme astres [kawākib] comme tourne une balle sur deux axes fixes et immobiles ; l'un au nord et l'autre au sud. |
| La preuve de cela est que les astres apparaissent à partir du levant pour s'élever légèrement dans une même disposition, dans leurs mouvements, dans l'étendue de leurs corps et dans leurs éloignements les uns des autres, jusqu'à atteindre le milieu du ciel. | Ce qui prouve cela est que tous les astres tournent à partir du levant et apparaissent dans une même disposition dans leurs mouvements et l'étendue de leurs parties, jusqu'à atteindre le centre du ciel. |
| Puis ils déclinent aux alentours du couchant dans cet ordre et cette disposition. | Puis ils déclinent dans cet ordre. |
| Comme s'ils étaient fixes et regroupés en une simple sphère et tournent ensemble comme un tout. | Comme s'ils étaient fixés sur une sphère et tournent ensemble comme un tout. |
| Également, les savants sont unanimes sur le fait que la terre dans toutes ses parties de la terre ferme et de la mer, est à l'image d'une sphère. | Également, ils sont unanimes sur le fait que la terre avec tous ses mouvements de la terre ferme et de la mer, est à l'image d'une sphère. |
| Chapitre sur le fait que la sphère terrestre est fixée au milieu de la sphère célesteSphère célesteModèle géométrique de Ptolémée dans lequel les étoiles sont projetées sur une sphère imaginaire centrée sur l'observateur. Toujours utilisé en navigation céleste. comme étant le centre, et que sa valeur selon la taille du ciel est aussi petite que la taille d'un point sur un cercle. | La sphère terrestre est fixée au milieu de la sphère céleste telle un point dans un cercle. |
| Le corps de chacun est visible dans tous les endroits du ciel dans une même mesure, et ceci prouve que l'éloignement de ce qui se trouve entre le ciel et la terre dans toutes les directions est dans une même mesure. | Certes, le corps de tous les astres célestes est visible dans tous les endroits du ciel dans une même mesure, et ceci prouve l'éloignement entre le ciel et la terre dans toutes les directions et dans une même mesure. |
| La terre se trouve nécessairement au milieu du ciel. | La terre se trouve nécessairement au milieu du ciel. |
Huit segments, dont deux mot pour mot identiques et six réduits ou reformulés sans que l'ordre ni le contenu changent. Ce n'est pas une convergence d'idées : c'est une copie, abrégée par endroits.
Deux textes peuvent dire la même chose sans se copier — quand ils décrivent le même fait. Mais ils ne suivent pas le même ordre, ne choisissent pas les mêmes exemples et ne gardent pas les mêmes tournures. Ici l'ordre des huit segments est le même, les images sont les mêmes — la balle qui tourne sur deux axes, le point dans un cercle — et deux passages sont identiques au mot près. C'est ce qu'on appelle un emprunt.
La cinquième ligne est celle qui porte tout le reste. Là où al-Farghānī écrit بجميع أجزائها — « dans toutes ses parties » —, l'édition du Majmūʿ al-Fatāwā porte بجميع حركاتها — « avec tous ses mouvements ». C'est de cette seule lettre que dépend l'idée qu'Ibn Taymiyyah aurait admis la mobilité de la Terre. Voir la section précédente.
Le texte présenté comme un « consensus des savants » par Ibn al-Munādī reproduit, sur huit segments et dans le même ordre, celui d'al-Farghānī — astronome mort vers 247 H, sans formation en sciences religieuses, dont la source déclarée est l'Almageste de Ptolémée. Deux segments sont identiques au mot près. Le texte est donc traçable, et sa source relève de l'astronomie grecque, non du droit islamique.
Les deux chaînes de transmission. À gauche celle du texte que rapporte Ibn Taymiyyah ; à droite les exégètes qui affirment la planéité. Aucun maillon de gauche n'est un mujtahid de la Loi, et la colonne de droite est à la fois indépendante et antérieure.
05Axe 3 — Quatre cents ans de silence
Entre Ibn al-Munādī (m. 336H) et Ibn Taymiyyah (m. 728H), aucun savant intermédiaire ne mentionne ce consensus :
| Savant | Décès | Spécialité | Mention du consensus ? |
|---|---|---|---|
| Ibn ʿAbd al-Barr | 463H | Compilateur d'ijmāʿ | Aucune |
| Al-Baghawī | 516H | Exégèse, ḥadīth | Aucune |
| Ibn al-Jawzī | 597H | Ḥanbalite, encyclopédiste | Aucune |
| Al-Qurṭubī | 671H | Exégèse exhaustive | Aucune |
| Ibn Kathīr | 774H | Élève d'Ibn Taymiyyah | Ne reprend pas |
Ibn ʿAbd al-Barr, le plus grand compilateur de consensus de l'histoire islamique, ne mentionne nulle part un ijmāʿ sur la sphéricité. Ibn Kathīr, propre élève d'Ibn Taymiyyah, ne reprend pas ce consensus dans son tafsīr. Un consensus qui n'est transmis par personne pendant 400 ans n'est pas un consensus — c'est une citation isolée.
06Axe 4 — Ibn al-Munādī contre lui-même
Dans al-Malāḥim (p. 337), le seul ouvrage édité et conservé d'Ibn al-Munādī, on lit :
ويأذن للأرضين فيستطَّحن كما كن « Et [Allah] autorisera les terres à redevenir planes (yastaṭṭiḥna) comme elles l'étaient. »
Contradiction fatale : Le verbe istaṭṭaḥa dérive de la racine س-ط-ح — la même racine que le verset coranique 88:20 (suṭiḥatSuṭiḥat (سُطِحَتْ)« Elle a été aplanie » (88:20). Racine s-ṭ-ḥ, antonyme de kurawī (sphérique).). La formulation « yastaṭṭiḥna kamā kunna » (« elles redeviendront planes comme elles l'étaient ») implique un état originel de planéité. Comment le même auteur pourrait-il affirmer un consensus de sphéricité et décrire la Terre comme originellement plane dans son propre ouvrage ?
07Axe 5 — Ibn Taymiyyah lui-même réfute sa propre citation
Dans le même recueil (Majmūʿ al-Fatāwā, 6/357), Ibn Taymiyyah écrit de sa propre plume :
والله تعالى بسط الأرض للأنام، وأرساها بالجبال لئلا تميد بهم، وجعلها قراراً ومهاداً وفراشاً « Allah a étendu (basaṭaBasaṭa (بَسَطَ)Étendre, aplanir. Terme utilisé unanimement par les 8 dictionnaires classiques pour gloser daḥā.) la Terre pour les créatures, et l'a ancrée par des montagnes pour qu'elle ne vacille pas, et en a fait un lieu stable (qarāran), un berceau (mihādan) et un tapis (firāshan). »
Le point tient à ce seul passage, et ce seul passage suffit : dans le volume même où figure le « consensus » contesté, Ibn Taymiyyah décrit la Terre de sa propre plume avec basaṭa, mihādan et firāshan — les termes coraniques de l'étendue. Il rapporte donc un accord dont le contenu vient de la cosmographie grecque, et emploie, quand il parle en son nom, le vocabulaire de la Révélation.
Retrait d'une citation, 6 août 2026. Cette section en citait une seconde, tirée du Bayān Talbīs al-Jahmiyya, sur le refus de faire des cosmologues grecs une autorité doctrinale. Nous l'avons retirée : elle était donnée en français seul, sans texte arabe, sans volume ni page, et nous ne l'avons retrouvée dans aucune de nos sources. Notre règle est de retirer plutôt que de sourcer approximativement. L'argument de cette section repose désormais sur le seul passage que nous pouvons produire — ce qui la rend plus étroite, et vérifiable.
08Axe 6 — Le « consensus » d'Ibn Hazm : une affirmation sans documentation
Ibn Hazm (384-456 H.) est le second savant — et de loin le plus influent — à avoir affirmé un consensus sur la sphéricité. Son texte dans Kitāb al-Faṣl fī al-Milal est catégorique :
لم ينكر أحد من أئمة المسلمين المن له في العلم قدر يُعتدّ به كروية الأرض
« Aucun imam musulman méritant le statut d'imam n'a nié la sphéricité de la terre, et on ne retient d'eux aucune objection à cela. »
Quatre questions s'imposent immédiatement :
- Quels sont les imams auxquels il fait référence ? Il n'en cite aucun.
- Pourquoi ne rapporte-t-il pas leurs paroles ?
- Pourquoi n'a-t-il même pas cité Ibn al-Mounadi et son prétendu consensus ?
- Comment peut-il ignorer le consensus des mufassirūnMufassir (pl. mufassirūn)Exégète du Coran. — al-Ṭabarī, al-Māwardī, al-Qushayrī — tous affirmant la planéité ?
Un « consensus » (ijmāʿ), en droit musulman, n'est valable que si l'on peut nommer les savants qui l'ont formulé et retracer comment leur accord a été transmis. Ici, l'accord invoqué ne cite aucun savant de la Loi, ne se retrouve chez personne pendant quatre siècles, et son contenu vient en réalité des astronomes grecs. Ce ne sont donc pas les conditions d'un vrai consensus religieux.
Le « takwīr » (enroulement, S39:V5) invoqué pour justifier la sphéricité est explicitement réfuté par les Compagnons : Ibn ʿAbbās explique qu'il s'agit de l'alternance jour-nuit sur une surface plane.
09Axe 7 — L'argument du « takwīr » réfuté par les Compagnons
Ibn Hazm cite comme preuve coranique le verset 39:5 :
يُكَوِّرُ اللَّيْلَ عَلَى النَّهَارِ وَيُكَوِّرُ النَّهَارَ عَلَى اللَّيْلِ
« Il enroule la nuit sur le jour et Il enroule le jour sur la nuit. »
Il interprète yukawwir (enroule) comme preuve de sphéricité. Or l'exégèse des Compagnons et des tābiʿīn (les « Successeurs », la génération qui suivit celle des Compagnons) est unanime et radicalement différente :
- Ibn ʿAbbās : « Il fait entrer la nuit dans le jour et le jour dans la nuit » — succession temporelle, pas sphéricité.
- Qatāda et al-Suddī : le sens est l'alternance et la diminution progressive de l'un par l'autre.
- Al-Ṭabarī dans son tafsīr : « yukawwir signifie qu'Il fait suivre l'un à l'autre, comme on enroule un turban couche par couche » — un mouvement d'empilement, pas un globe.
10Tableau chronologique : qui a dit quoi ?
La chaîne de transmission du « consensus » révèle son origine :
| Date | Savant | Position |
|---|---|---|
| IIe s. | Ptolémée | Astronome grec — sphéricité (source originelle) |
| †247 H. | Al-Farghānī | Astronome — résume Ptolémée, emploie « ajzāʾihā » |
| †~300 H. | Ibn Rustah | Géographe — cite al-Farghānī |
| †310 H. | Al-Ṭabarī | Imam des mufassirūn — affirme la planéité |
| †336 H. | Ibn al-Mounadi | Copie Ibn Rustah sans attribution — contredit lui-même |
| †456 H. | Ibn Hazm | Consensus non documenté — influence philosophique |
| †542 H. | Ibn ʿAṭiyya | « La sphéricité n'est pas l'avis des savants de l'Islam » |
| †671 H. | Al-Qurṭubī | Réfute la sphéricité à partir de S. 13/3 |
| †728 H. | Ibn Taymiyyah | Rapporte Ibn al-Mounadi (ḥikāya) — ne l'adopte pas |
| †864 H. | Al-Maḥallī | « C'est sur quoi sont les savants de la Sharīʿa, non une sphère » |
| †911 H. | Al-Suyūṭī | Réfute les ahl al-hayʾa à partir du Coran |
Aucun ijmāʿ valide n'existe sur la sphéricité de la Terre. Le prétendu consensus repose sur un texte corrompu, une filiation ptoléméenne, quatre siècles de silence, et des affirmations sans documentation.
11Conclusion : sept anomalies, aucun consensus
Sept anomalies convergentes
1. Philologie : حركاتها est un hapax isolé — toutes les sources antérieures attestent أجزائها. Corruption de copiste plausible.
2. Filiation : Le contenu est ptoléméen, transmis par des astronomes hellénisés — pas un isnād sharʿī.
3. Silence : 400 ans sans transmission. Aucun compilateur d'ijmāʿ ne le mentionne. Ibn Kathīr ne le reprend pas.
4. Contradiction : Ibn al-Munādī lui-même décrit les terres comme « originellement planes » dans al-Malāḥim.
5. Incohérence : dans le volume même où figure le passage, Ibn Taymiyyah emploie de sa propre plume le vocabulaire coranique de l'étendue — basaṭa, mihādan, firāshan.
6. Affirmation sans preuve : le « consensus » d'Ibn Hazm est posé, jamais démontré — aucune chaîne de transmission, aucun nom d'imam, aucun relevé de divergence.
7. Réfutation interne : l'argument tiré du takwīr est contredit par la lecture qu'en donnent les Compagnons eux-mêmes.
Ce passage ne satisfait pas les critères méthodologiques d'un ijmāʿ sharʿī — pas même ceux qu'Ibn Taymiyyah lui-même établit dans d'autres contextes juridiques : des imams identifiés par leurs noms, une chaîne de transmission documentée, et une absence de divergence connue. Ce consensus n'en remplit aucun.
Voir aussi : Près de cent savants de l’Islam · Le concordisme · La Terre dans le Coran.
12Sources
Chaque source porte sa classe de vérifiabilité. Elle ne dit pas si la source est bonne, mais ce qu’elle permet de faire : A mesure directe, protocole et instrument connus — conclure. B chemin mesuré mais indirect — borner. C valeur rapportée, calculée depuis un modèle, ou source primaire non consultée — illustrer, jamais conclure. D déclarative, affirmée sans donnée jointe — rien. renvoi désigne un de nos propres articles, qui n’est pas une source. La grille est détaillée dans Standards et méthode.
- B Ibn Taymiyyah (m. 728H). Majmūʿ al-Fatāwā, éd. Ibn Qāsim, vol. 6, p. 356-357 et 586-587.
- B Ibn al-Munādī (m. 336H). Al-Malāḥim, p. 337.
- C Al-Farghānī (m. ~861 EC). Kitāb fī Jawāmiʿ ʿIlm al-Nujūm.
- C Ptolémée (IIᵉ s. EC). Al-Majisṭī — traductions arabes.
- C Ibn Rustah (m. ~300H). Al-Aʿlāq al-Nafīsa.
- B Ibn ʿAbd al-Barr (m. 463H). Al-Tamhīd — aucune mention du consensus.
- C Ibn Kathīr (m. 774H). Tafsīr al-Qurʾān al-ʿAẓīm — ne reprend pas le consensus.