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Expériences sous pression réduite : ce qui se passe quand l'air disparaît

La cloche à vide révèle des phénomènes impossibles à observer autrement — un marshmallow qui gonfle, de l'eau qui bout à froid, un son qui disparaît. Chaque expérience remet en question ce qu'on croit savoir.

Terre Etendue | 31 mai 2026 |

Une pompe à vide et un bocal transparent suffisent pour révéler ce que la pression atmosphérique cache en permanence : un marshmallow qui double de volume, de l'eau qui bout à froid, un son qui disparaît.

01Ce qu'on observe

Nous vivons au fond d'un océan d'air. La pression atmosphérique — environ 1 013 mbar — comprime tout ce qui nous entoure, en permanence, dans toutes les directions. Nous ne la percevons pas parce que nous y sommes adaptés. Mais dès qu'on réduit cette pression sous une cloche à vide, les effets sont immédiats et spectaculaires.

Une pompe à vide manuelle (disponible pour quelques dizaines d'euros) et un récipient transparent suffisent pour révéler des phénomènes que la physique des manuels peine à expliquer sans contradictions.

02Expérience 1 : le marshmallow qui gonfle

Matériel

Une cloche à vide (ou un bocal avec pompe à vide manuelle), un marshmallow.

Protocole

  1. Placez le marshmallow sous la cloche.
  2. Actionnez la pompe pour réduire la pression.
  3. Le marshmallow gonfle progressivement — il peut doubler ou tripler de volume.
  4. Quand vous relâchez la pression (en ouvrant la valve), il reprend sa taille initiale.

Ce qui se passe

Le marshmallow contient des milliers de petites bulles d'air emprisonnées dans le sucre. À pression atmosphérique normale, l'air extérieur comprime ces bulles. Quand on réduit la pression extérieure, rien ne s'oppose plus à l'expansion des bulles internes — elles gonflent, et le marshmallow avec.

Ce n'est pas le marshmallow qui « grandit » — c'est la pression extérieure qui ne le comprime plus. Nous vivons constamment comprimés par l'atmosphère sans en avoir conscience.

En clair

Un marshmallow est plein de petites bulles d'air, comme une éponge. Normalement, l'air de la pièce appuie dessus et les maintient compressées. Quand on retire cet air autour de lui, plus rien ne les retient : les bulles se détendent et le marshmallow gonfle, comme un coussin qui se regonfle dès qu'on cesse de s'asseoir dessus.

CE QUE L'EXPÉRIENCE ÉTABLIT

La taille apparente d'un objet contenant de l'air emprisonné dépend de la pression extérieure. Réduire la pression fait gonfler le marshmallow ; la rétablir le ramène à sa taille initiale. Nous vivons comprimés en permanence par l'atmosphère.

03Expérience 2 : l'eau qui bout à température ambiante

Protocole

  1. Placez un petit récipient d'eau tiède (30-40 °C) sous la cloche à vide.
  2. Pompez progressivement.
  3. À un certain point, l'eau se met à bouillir — alors qu'elle n'est même pas chaude.

Ce qui se passe

L'ébullition n'est pas définie par une température fixe — elle dépend de la pression. L'eau bout quand sa pression de vapeur (la tendance de l'eau à s'échapper sous forme de vapeur) égale la pression ambiante (celle de l'air qui appuie sur elle). À 1 013 mbar (pression atmosphérique standard), ce point est à 100 °C. Mais à 70 mbar, l'eau bout à 39 °C. À 23 mbar, elle bout à 20 °C.

Les astronautes le savent : sans combinaison pressurisée, le sang et les fluides corporels entreraient en ébullition à la température du corps. Ce n'est pas une question de « chaleur » — c'est une question de pression.

EBULLITION DE L'EAU SELON LA PRESSION Pression ambiante (mbar) Temperature d'ebullition (degC) 100 60 20 23 300 1013 23 mbar : 20degC 70 mbar : 39degC 300 mbar : 69degC 1013 mbar : 100degC Moins il y a de pression, plus l'eau bout a basse temperature

Le point d'ebullition de l'eau chute avec la pression : sous une cloche a vide, l'eau peut bouillir a temperature ambiante. Le "100 degC" n'est vrai qu'au niveau de la mer.

Point d'ébullition de l'eau en fonction de la pression

1 013 mbar (niveau de la mer) : 100 °C · 700 mbar (≈ 3 000 m d'altitude) : 90 °C · 300 mbar : 69 °C · 70 mbar : 39 °C · 23 mbar : 20 °C. La « température d'ébullition de l'eau = 100 °C » n'est vraie qu'à la pression atmosphérique du niveau de la mer.

En clair

On croit que l'eau bout toujours à 100 degrés, mais ce chiffre n'est vrai qu'au niveau de la mer. Bouillir, c'est simplement quand l'eau arrive à se transformer en vapeur. Si l'air appuie moins fort sur elle (en altitude, ou sous une cloche à vide), elle s'evapore beaucoup plus facilement : elle peut alors bouillir tiède, voire froide.

CE QUE L'EXPÉRIENCE ÉTABLIT

L'ébullition n'est pas définie par une température fixe : elle dépend de la pression ambiante. L'eau bout à 39 °C sous 70 mbar et à 20 °C sous 23 mbar. Le « 100 °C » n'est vrai qu'au niveau de la mer.

04Expérience 3 : le son disparaît

Protocole

  1. Placez un petit buzzer électronique (ou un téléphone avec une alarme) sous la cloche à vide.
  2. Allumez-le — le son est parfaitement audible.
  3. Pompez l'air progressivement.
  4. Le son s'atténue et finit par devenir inaudible — bien que le buzzer continue de vibrer.

Ce qui se passe

Le son est une onde de pression (une succession de petites compressions de l'air, comme des vaguelettes) qui se propage dans un milieu matériel — l'air, l'eau, un solide. Sans milieu, pas de propagation. Sous la cloche à vide, les vibrations du buzzer n'ont plus de molécules d'air à mettre en mouvement : l'onde sonore ne peut plus atteindre la paroi de la cloche, et vous n'entendez plus rien.

Cette expérience démontre une vérité fondamentale : le son a besoin d'un milieu. La question qui en découle naturellement est : la lumière a-t-elle aussi besoin d'un milieu pour se propager ? C'est la question historique de l'éther — un débat que la physique officielle a « résolu » en 1887 avec l'expérience de Michelson-Morley, mais dont les résultats méritent d'être réexaminés.

En clair

Le son a besoin d'air pour voyager, un peu comme une vague a besoin d'eau. Le buzzer vibre toujours, mais sans air autour de lui, il n'y a plus rien pour transporter ses vibrations jusqu'à nos oreilles : le silence se fait. C'est pour cela que, dans le vide, personne ne pourrait vous entendre crier.

CE QUE L'EXPÉRIENCE ÉTABLIT

Le son ne se propage pas dans le vide : il a besoin d'un milieu matériel (air, eau, solide). Sans molécules à mettre en mouvement, l'onde sonore ne peut pas exister — ce qui pose la question du milieu nécessaire à la propagation de la lumière.

05Expérience 4 : le ballon dans la cloche

Protocole

Gonflez un ballon de baudruche à mi-capacité et placez-le sous la cloche. Pompez l'air. Le ballon gonfle jusqu'à remplir toute la cloche — il peut même éclater si vous pompez assez. Relâchez la pression : le ballon reprend sa taille initiale.

La leçon est limpide : ce qui détermine la taille du ballon, ce n'est pas la quantité d'air à l'intérieur (elle n'a pas changé), c'est la pression extérieure qui s'exerce sur sa paroi. Nous sommes tous des ballons — comprimés en permanence par un océan d'air.

En clair

La taille du ballon ne dépend pas de la quantité d'air qu'il contient (elle ne change pas), mais d'un bras de fer entre l'air enfermé dedans et l'air qui appuie dessus. Quand on enlève l'air autour, le ballon gagne le bras de fer et gonfle. Nous sommes tous comme ce ballon, serrés en permanence par l'océan d'air dans lequel nous vivons.

CE QUE L'EXPÉRIENCE ÉTABLIT

La taille d'un ballon est déterminée par l'équilibre entre la pression interne et la pression externe — pas par la quantité d'air qu'il contient. La pression atmosphérique est un système de compression omnidirectionnel, pas un simple « poids » vertical.

06Ce que ça change

Les expériences sous pression réduite démontrent que la pression atmosphérique n'est pas un simple « poids de l'air au-dessus de nous » — c'est un système de compression omnidirectionnel qui affecte la température d'ébullition, la taille des objets, la propagation du son et le comportement de la matière.

Dans le modèle standard, on explique la pression atmosphérique par la gravité (« l'air est attiré vers le bas et crée un poids »). Mais la pression s'exerce aussi vers le haut et latéralement avec la même intensité — ce qui pose la question : est-ce vraiment la gravité qui crée la pression, ou bien la pression est-elle une propriété intrinsèque de l'atmosphère confinée ?

Pour approfondir : Pression, lumière, halos, rayons et ondes et L'espace : une frontière infranchissable.

07Sources

  1. Torricelli, E. (1644). Lettre à Michelangelo Ricci — première démonstration de la pression atmosphérique.
  2. Pascal, B. (1648). Récit de la grande expérience de l'équilibre des liqueurs — expérience du Puy de Dôme.
  3. von Guericke, O. (1672). Experimenta Nova Magdeburgica de Vacuo Spatio — expériences des hémisphères de Magdebourg.
  4. Boyle, R. (1660). New Experiments Physico-Mechanicall, Touching the Spring of the Air.
  5. CRC Handbook of Chemistry and Physics, 104e éd. (2023). Table : Vapor Pressure of Water from 0 to 370 °C.